Prix rémunérateur, crise viticole et soutien aux producteurs
« Prix rémunérateur » est une formule qui revient souvent dans le vocabulaire de la filière, rarement expliquée. Elle désigne un prix d'achat qui couvre le coût de production du producteur et lui laisse de quoi vivre et investir. Dans le Languedoc-Roussillon de 2026, ce n'est pas une évidence : le vignoble traverse une crise de surproduction dont l'arrachage est devenu l'outil principal. Cette page rassemble les chiffres publics de cette crise, puis expose la position que nous tenons face à elle.
Une consommation qui recule, un vignoble qui suit avec retard
La crise viticole française n'est pas un accident de conjoncture, c'est un écart durable entre ce que le pays produit et ce qu'il boit. Selon FranceAgriMer, la consommation individuelle est estimée à environ 40 litres par habitant de 15 ans et plus en 2024, et le même établissement chiffre le repli à plus de 60 % entre les années 1960 et 2022. Le mouvement ne s'est pas arrêté depuis. Sur la campagne allant de juin 2024 à mai 2025, le Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc relève des sorties de chai stables, à 627 000 hectolitres, avec un recul de 3 % sur les rouges quand les blancs progressent de 5 %. Une vigne, elle, se plante pour 30 ou 40 ans : le vignoble ne peut pas se réajuster au rythme où les habitudes de consommation changent.
L'arrachage est devenu l'outil principal
Quand les stocks ne s'écoulent plus, la filière détruit. En 2023, l'État a lancé une distillation de crise dotée d'environ 200 millions d'euros, calibrée sur 3 millions d'hectolitres à retirer du marché. L'étape suivante est allée plus loin : arracher les vignes elles-mêmes. Pour la campagne 2026, FranceAgriMer a reçu 5 823 dossiers portant sur 27 926 hectares, indemnisés 4 000 € l'hectare, pour une enveloppe de l'ordre de 130 millions d'euros. Cela représente environ 3,6 % des 766 608 hectares du vignoble français. Le ministère de l'Agriculture a annoncé en juin 2026 le feu vert de la Commission européenne à la mise en place de cet arrachage définitif, dans le cadre du paquet vin européen validé fin 2025.
Le Languedoc-Roussillon au premier rang des surfaces arrachées
La répartition de ces dossiers dit où la crise frappe le plus fort. D'après les données FranceAgriMer relayées par Vitisphere en mars 2026, l'Aude représente 16 % des surfaces candidates à l'arrachage, le Gard 12 %, l'Hérault 10 % et les Pyrénées-Orientales 7 %. Les 4 départements du Languedoc-Roussillon pèsent donc près de 45 % du total national, devant la Gironde et ses 28 %. Les rouges représentaient 83 % des surfaces concernées, et 65 % de ces vignes étaient classées en AOP. Ce ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont les appellations que nous parcourons chaque mois pour composer le tarif.
Ce que le marché du vrac paie au producteur
Une large part de la production régionale se vend en vrac, à des cours publiés à l'hectolitre. Pour la campagne 2024, Vitisphere rapportait des prix d'ouverture attendus autour de 110 à 115 € l'hectolitre sur le chardonnay en IGP Pays d'Oc, après des transactions descendues à 80 ou 90 € l'hectolitre en fin de campagne 2023. Ramenés à une bouteille de 75 cl, 100 € l'hectolitre représentent 75 centimes de vin. Il reste ensuite à financer la taille, les traitements, la vendange, la vinification, le verre, le bouchon, l'étiquette et le transport. Nous ne publions pas les prix auxquels nous achetons, mais cet ordre de grandeur explique pourquoi un vin négocié au plus bas ne peut pas faire vivre celui qui l'a produit.
Des domaines qui disparaissent
L'effet se lit dans le nombre d'exploitations. Le recensement agricole de 2020 comptait 59 032 exploitations viticoles en France, contre 70 019 en 2010, soit 1 domaine sur 6 disparu en 10 ans et une baisse de 16 %. L'Occitanie a perdu environ 20 % des siennes sur la même période, plus que la moyenne nationale. Les structures restantes se sont agrandies, la surface moyenne passant d'environ 16 à 19 hectares. Le vignoble ne s'est donc pas seulement réduit, il s'est concentré, et ce sont les exploitations familiales les plus modestes qui ont le plus reculé.
Ce que nous appelons un prix rémunérateur
Notre position tient en une phrase : nous achetons à des producteurs, à un prix destiné à leur permettre de durer, plutôt que de pousser les prix d'achat au plancher. C'est un choix d'approvisionnement, pas une posture. Il suppose de travailler avec un nombre limité de domaines, de tenir un tarif qui ne repose pas sur la promotion permanente, et d'accepter des volumes réduits quand un millésime est petit ou quand une cuvée est épuisée. Nous ne revendiquons ni label ni adhésion à un dispositif collectif : c'est simplement la façon dont le tarif est construit, mois après mois, et la raison pour laquelle certaines cuvées ne baissent pas de prix.
La pérennité de la filière se joue sur la valeur, pas sur le volume
La sortie de crise que défend une partie de la filière ne passe pas par produire davantage, mais par mieux valoriser ce qui est produit. Les chiffres du CIVL (Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc) pour juin 2024 à mai 2025 vont dans ce sens : à volumes stables, les rouges en AOP du Languedoc gagnent 2 % en valeur, avec des progressions de 8 % pour le Pic Saint-Loup, 17 % pour La Clape et 22 % pour les Terrasses du Larzac. Ce sont des appellations de terroir, à rendements limités, vendues en bouteille et non en citerne. Notre tarif est bâti sur cette logique : quelques dizaines de cuvées, chez des producteurs identifiés, commandées par 6 bouteilles minimum.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce qu'un prix rémunérateur pour un producteur ?
- C'est un prix d'achat qui couvre le coût de production de la cuvée (travail à la vigne, vendange, vinification, élevage, conditionnement) et laisse au producteur une marge suffisante pour se rémunérer et investir dans son domaine. Il s'oppose à un achat calé sur le cours du vrac, qui se compte en dizaines d'euros par hectolitre et ne couvre pas toujours ces coûts.
- L'arrachage va-t-il faire disparaître les vins du Languedoc ?
- Non, mais il réduit fortement la surface plantée. Sur la campagne 2026, FranceAgriMer a reçu des demandes portant sur 27 926 hectares au niveau national, dont près de 45 % dans l'Aude, le Gard, l'Hérault et les Pyrénées-Orientales. La mesure vise à résorber une surproduction : elle touche surtout des vignes destinées aux volumes, moins les appellations de terroir vendues en bouteille.
- En quoi commander chez un caviste indépendant change-t-il quelque chose pour le producteur ?
- Cela dépend entièrement du prix payé au domaine et de la régularité des achats. Un circuit court avec un nombre restreint de producteurs permet des commandes prévisibles et un prix négocié à la cuvée plutôt qu'au volume. Nous ne communiquons pas nos prix d'achat, mais c'est ce principe qui gouverne la composition du tarif chaque mois.
